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Lilas Qui ?

  • : Lilas Kwine
  • Lilas Kwine
  • : Un blog pour souffler à contretemps qui passe, rire un bon coup et en reprendre un verre, évacuer les larmes pour les éco-recycler, tout ça dans des histoires parce beaucoup de mots pour pas dire grand chose c'est toujours mieux que rien.
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Lilas Quoi?

  • Lilas Kwine
  • Lilas Kwine aime les mots. Alors elle en fait des histoires pour surfers de l'imaginaire, voltigeurs de ciels d'orages, voleurs de siestes, palmiers de campagnes, poissons panés de la dernière pluie, clowns tachycardes. Et puis qui veut après tout
  • Lilas Kwine aime les mots. Alors elle en fait des histoires pour surfers de l'imaginaire, voltigeurs de ciels d'orages, voleurs de siestes, palmiers de campagnes, poissons panés de la dernière pluie, clowns tachycardes. Et puis qui veut après tout

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Lilas Où?

Faites tourner Folks

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Un rire de gourde, ça désaltère et c'est déjà bien.

13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 09:00
.


Aujourd'hui c'est dimanche, j'ai des bleus plein la tête, aussi je m'en vais vous conter
une chronique de pavés ou comment la vie ne vous apprend qu'à en découdre
quand elle devrait simplement vous apprendre à coudre.

Cette histoire, c'est du grand déjà-vu, un peu comme une mauvaise rediff du P.A.F,
l'histoire d'un petit con damné, à la pauvre mère morte qui avait par hasard
jeté les mauvais dés, frappé aux mauvaises portes.

Jules, appelons le cadet urbain comme ça, Jules avait des grands yeux de bonobo malin
et aussi les dents du bonheur, qui apparaissaient parfois
quand ça lui prenait de vous décocher un sourire.

Enfin, je dis sourire parce que même rire, il le faisait pas d'emblée, pas joyeusement,
c'était tout sauf naturel pour lui; vous voyez, Jules, il avait appris
que le rire jaune, l'humour cynique des prudents.

Jules, il avait souvent les mains dans les poches mais pas vraiment les siennes,
plutôt celles des passants, croyant qu'elles étaient remplies
de toute cette chaleur et ces attentions qu'il n'avait pas volé.

C'est du moins ce que me rapportait mon frangin qui du haut de son mètre quatre vingt,
avec Jules passait un max de temps à zoner dans le quartier,
la
'street' quoi, son mot favori du cours d'anglais.

Il pensait fermement que l'amour était une denrée rare et chère comme ce pain
qu'il galérait sévère à se dégôter chaque matin, pour caler ses appétits
de jeune loup affamé, car à cet âge on a les crocs...

Il portait le tee shirt large qui lui dépassait du futal, et tombait comme un voile
sur ses épaules rentrées quand il jetait ses genoux au sol, des crayolas serrés
dans ses petits poings rageurs, pour s'apaiser enfin;

Il étalait ses rêves sur le macadam fin, enchevêtrés comme des fils d'Ariane
reliant ses états d'âmes à toutes ses écorchures; à terre il se faisait tout petit
mais on sentait flotter une présence belle et hantée.

Jules, c'etait le petit voisin, le petit dernier échoué là en bas de paliers de cette famille
de travers, cette bande de crétins patentés, qui des liens de parenté
ne connaissait que les poings durs et noués.

Souvent on entendait gueuler dans le couloir froid au travers du buvard crade
qui leur servait de porte d'entrée; les gens du second passaient tous de biais,
en jetant à ras de terre des regards lâches d'égarés.

Mais toujours ils passaient leur chemin, sans un mot, sans l'ouvrir, car on a chacun
ses petits problèmes à régler, hein, la vie vous savez c'est pas toujours si
simple quand on habite à six dans vingt mètres carrés.

Le petit Jules et moi on s'entendait bien alors quelquefois j'allais sonner pour quelques
grammes de sucre en rabe quand à côté ça bastonnait sévère, vous savez,
histoire d'adoucir mes gateaux et la vie du minôt dans ce boxon.

Un jour je croise Jules dans le couloir, les cheveux en pétard, l'air un peu flippé
et le regard hagard; il me tend les mains, je les sens trembler, je lui dis, viens chez moi,
on va discuter cinq minutes autour d'un verre de bière bien frais. Oui Quoi?...

Ne jouez pas les petits bourgeois outrés avec moi, le chocolat, y'a belle lurette que Jules,
il en boit plus; le petit Jules se prend pour un homme, vrai de vrai depuis qu'il se laisse
plus tabasser sans rendre la pareille. Ce coup-là ne lui a pas porté chance...

Il me dit que c'est arrivé tard dans l'après midi, il ne sait plus vraiment bien, il sent les larmes
dévaler sur ses joues par coulées opalines, il sent le goût du sel et le sang sec
se mêler aux traces de pastels sur les contours de ses doigts.

Je le prends dans mes bras, je le serre pour la première fois, je l'étreins comme un fils,
comme un frère, comme cet autre si cher, que je ne reverrais peut être pas.
Je le serre si fort pour qu'il ne parte pas seul, qu'il n'ait jamais plus froid.

Je sais que ça lui suffira pour patienter, au petit Jules, pour repousser les murs serrés
autour de lui, avec la compagnie des vieux crayolas que je lui porterais
si on m'en laisse le droit. On s'entendra toujours bien, le petit Jules et moi.


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Published by Lilas Kwine - dans Quasi slam
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commentaires

Lulu 26/10/2009 16:24


Que de frissons à la lecture de ce texte...


Lilas Kwine 26/10/2009 16:36


merci ...


Réloue 24/10/2009 15:52


ça résonne la vie. c'est vraiment beau, mais c'est pas juste beau, c'est autre, c'est vrai, c'est là... c'est ça, c'est là, ce n'est rien et c'est important.
Cordialement,
RéLouE


Lilas Kwine 24/10/2009 17:00


Merci...