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Lilas Qui ?

  • : Lilas Kwine
  • Lilas Kwine
  • : Un blog pour souffler à contretemps qui passe, rire un bon coup et en reprendre un verre, évacuer les larmes pour les éco-recycler, tout ça dans des histoires parce beaucoup de mots pour pas dire grand chose c'est toujours mieux que rien.
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Lilas Quoi?

  • Lilas Kwine
  • Lilas Kwine aime les mots. Alors elle en fait des histoires pour surfers de l'imaginaire, voltigeurs de ciels d'orages, voleurs de siestes, palmiers de campagnes, poissons panés de la dernière pluie, clowns tachycardes. Et puis qui veut après tout
  • Lilas Kwine aime les mots. Alors elle en fait des histoires pour surfers de l'imaginaire, voltigeurs de ciels d'orages, voleurs de siestes, palmiers de campagnes, poissons panés de la dernière pluie, clowns tachycardes. Et puis qui veut après tout

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Lilas Où?

Faites tourner Folks

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Un rire de gourde, ça désaltère et c'est déjà bien.

15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 17:50

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L'heure du thé, c'est d'abord la théière que tu ébouillantes deux ou trois fois; le bruissement du gunpowder entre tes doigts. Le crépitement de l'allumette déposée sous la bouilloire et l'odeur du soufre passées les secondes d'effet retard. Ce sont le sucre et la menthe fraiche égrappée d'un geste net et attentif, qui rejoignent le thé noir déjà légèrement infusé. Puis l'eau frémissante en cascade diaphane.
Et l'attente silencieuse, délicieuse, mains croisées, accroupi sur tes chevilles.
De temps en temps, tu remues les feuilles en surface- pas vraiment un thé à la régulière, et tu refermes le dessus de la théière qui a vécu.

J'ai appris à attendre avec toi, le regard au loin, avec la seule conversation de tes sourires bien assis au coin droit d'une bouche dont le souvenir des contours, physiquement, intimement, me fait frissonner violemment.

Tu verses le thé toujours en trois temps et je pense à ce proverbe que tu m'as récité la première fois.
« Le premier verre est aussi amer que la vie,

Le deuxième est aussi fort que l'amour,

Le troisième est aussi doux que la mort. »

Je pense à tout ça, en te regardant assis au loin; au détour de la dune où tu m'as donné rendez vous, ton short-board planté à l'oblique donne des allures de cadran solaire à l'espace...Il est 17 H en décembre. La chaleur s'estompe tranquillement à la faveur d'un soleil en phase d'amerrissage à l'ouest de tout.
Quelques étincelles humides dévalent les mèches châtains claires qui dépassent d'un cheich fatigué.
La houle démontée abîme l'horizon. Tu contemples et pourtant, paisible. Paisible.

Je t'envie.

Je me demande...Que sais tu?
Que sais tu de l'océan déchaîné qui te fait face?
Que sais tu de la masse bleue qui enserre tes lignes de flottaisons? Que sais tu sinon, l'adrénaline noyée des déferlantes vif argent; toute la part de mystère convenue.
Que sais tu au fond, toi qui invite à l'apaisement?
Comment ce remous turbulent déterre la part de calme réfugié en dedans? Comment es-tu profane, redevenu terrien?
Est-ce cette trace aperçue de tes pas, fugace, dans les schistes millénaires?
Est ce ton ombre chétive ridiculisée par la houle joueuse que d'autres, méfiants, considèrent provocantes?.. Tu te contentes d'embrasser l'infini.

Peu importe. Je me souviens d'hier...

Hier, c'est moi que tu embrassais. Ce sont mes cheveux que tu respirais; froissement des peaux, plaquées l'une contre l'autre et tous nos gémissements, et ta puissance, et les rencontres perpétuelles de nos marées montantes et descendantes à bon port...

Je m'assieds près de toi. Tu me souris.

Tu ne désires plus la vitesse. J'entends, celle qui t'emportait plus vite vers la fin au lieu de t'en éloigner.
Aujourd'hui si la lenteur n'est plus un rythme oppressant par opposition à la rapidité, ça n'a pas toujours été le cas. Avant tu n'aimais pas faire le thé. Ou plutôt tu avais soif, alors, tu faisais chauffer l'eau pour le verser sans autre cérémonie que l'extraction sèche d'un sachet extrait de sa gangue de cellophane. A présent le rituel du thé fait s'allonger les heures de repos comme le calme a remplacé l'empressement. Nul besoin de tourner le dos pour être face à soi, c'est le manque d'horizon qui te rendait aveugle.

Plus tard, tu me diras que l'humanité a besoin de la nature pour exister. L'homme a besoin de plus fort que soi. Il a besoin de l'amer pour soigner ses bleus, besoin de sel pour creuser ses blessures. L'homme a besoin de blessures pour prendre soin de lui à nouveau. Tu es pessimiste par culture, et optimiste par nature.

J'aime savoir que tu ne prémédites pas tes actions.
Je n'ai pas connu tes actions comme une succession de moyens destinés à atteindre un but, oh non, souvenir d'une veille encore palpable...
- Evidemment mon esprit dérive en d'autres endroits où la sueur est une humeur acceptable voir consentante. Comment pourrait-il en être autrement. Passer la nuit avec un homme qui a oublié jusqu'à l'existence même du mot performance me laisse rêveuse, paumes des mains quelque peu moites -

Aujourd'hui tes gestes sont beaux, ancrés souplement dans le sublime présent.
Je pose ma main sur ton épaule.
Demain je m'en irai, en essayant de ne jamais oublier.  

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Published by Lilas Kwine - dans Limite nouvelle
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commentaires

Mrs D. 11/01/2010 13:15


Ca me fascine. La lenteur de m'a lecture, provoquée par l'enchainement de tes mots. D'habitude, je dévore, alors que cette fois, je déguste.


Lilas Kwine 11/01/2010 14:25


ça me fait plaisir ce que tu dis, parce que j'ai justement essayé d'inscrire ce texte dans une optique de lenteur dans laquelle on prendrait plaisir à se plonger progressivement, un peu comme dans
un bain bouillant après une marche dans le froid...


Soleildebrousse 20/12/2009 21:49


Lilas, je t'imagine jeune. Je pense que je ne me trompe pas. Mais, soudain, à lire les mots ce soir, j'ai comme un doute. C'est toujours un peu effarant la gravité des mots qui entrainent vers la
terre. La lourdeur de la pierre dans le sable légèrement enfoncée, encore visible. Lila légère, Lila écrit comme une femme bien plus âgée.
C'est toujours aussi beau.


Lilas Kwine 21/12/2009 09:36


Voilà qui fait honneur à mes ridules...

Et un commentaire qui me touche à un point... 


Thierry Benquey 16/12/2009 10:09


Aujourd'hui tes gestes sont beaux, ancrés souplement dans le sublime présent.
Je pose ma main sur ton épaule.
Demain je m'en irai, en essayant de ne jamais oublier.

C'est beau parce que simple, l'extrait mais le reste aussi. Amitié. THierry


Lilas Kwine 16/12/2009 10:12


Mais tu sais bien que la simplicité me caractérise ( " qui a dit "OH!" qui ? ")

Merci  


Hime 15/12/2009 20:15


J'ai sur le bout des lèvres le goût presque parfait d'une attirance aussi magnétique qu'illusoire. "J'ai besoin de temps pour tomber amoureux", a-t-il dit.
Quand il est parti, j'aurais aimé pouvoir lui offrir ces mots: "Nul besoin de tourner le dos pour être face à soi, c'est le manque d'horizon qui te rendait aveugle" (Juste sublime). Mais le thé à
la menthe n'a pas su contenir les bonds de ma pompe à vie, et encore moins réchauffer son corps pressant, déjà tourné vers l'ailleurs.
Je t'envie, donc, Lilas. Pas de ces putrides mesquineries, non. Mais de rendre possible par ces lignes, la maîtrise de l'idée qu'il faut savoir partir à temps.


Lilas Kwine 15/12/2009 20:59


Rien à ajouter...

Merci.