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Lilas Qui ?

  • : Lilas Kwine
  • Lilas Kwine
  • : Un blog pour souffler à contretemps qui passe, rire un bon coup et en reprendre un verre, évacuer les larmes pour les éco-recycler, tout ça dans des histoires parce beaucoup de mots pour pas dire grand chose c'est toujours mieux que rien.
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Lilas Quoi?

  • Lilas Kwine
  • Lilas Kwine aime les mots. Alors elle en fait des histoires pour surfers de l'imaginaire, voltigeurs de ciels d'orages, voleurs de siestes, palmiers de campagnes, poissons panés de la dernière pluie, clowns tachycardes. Et puis qui veut après tout
  • Lilas Kwine aime les mots. Alors elle en fait des histoires pour surfers de l'imaginaire, voltigeurs de ciels d'orages, voleurs de siestes, palmiers de campagnes, poissons panés de la dernière pluie, clowns tachycardes. Et puis qui veut après tout

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Lilas Où?

Faites tourner Folks

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Un rire de gourde, ça désaltère et c'est déjà bien.

18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 11:46
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Ce sont peut-être les reflets lilas qui affleurent la surface de l'eau au levant.

Se remémorent les heures allongées sur mon lit d'enfant, à triturer l'édredon rose. Farouchement concentrée, tête dans le vide, bras balanciers. Les pensées en paniques à un coin du ring, scrutaient bien profond des idées en tempêtes adossées à l'autre bout. 

Quinze rounds minimum et mes 7 ans, pétrifiés au centre d'une diagonale des fous.

Je me demandais ce que ça faisait d'être adulte; grand en tout cas, ça voulait souvent dire un état juste impossible, juste pénible comme une obligation dont on ne comprend ni l'intérêt ni le sens, un peu comme "fais trois repas par jour", "mange pas trop de ci ou de ça"- alors que tu sais même pas combien, sans parler de «ne met pas tes coudes à table», franchement. 

Grand à l'époque, c'était un état révoltant que j'étais pas prête d'atteindre.
De ceux qui croient sincèrement que parce que vous n'avez pas vécu, vous ne percevez pas la gravité des choses- quel âge fallait-il donc prétendre pour constater que sous le ciel bleu, certains visages peuvent se teinter de gris?
De ceux qui font éclater les bulles d'enthousiasme du doigt piquant de la condescendance. 
De ceux qui vous emprisonnent sous le joug de la naïveté, au prétexte de trop d'innocence. Attention, qu'il soit entendu que c'est pour votre bien car voyez vous, ils vous aiment. Sauf que l'amour n'a rien à voir avec le bon sens pas vrai? 

Je me souviens du rose de l'édredon, bordé de sombres présages. Et je jouais au funambule sur la gravité de ces coutures. On ne se remet pas de la gravité. Tout juste recule t-on, dix pas d'élan pour se coller la tête dans le coton narcotique des nimbus, de temps en temps. Qui n'a jamais besoin de vacances? 
Je ne voulais pas guérir de cette gravité là. De deux pathologies, la lucidité vaut bien la religion.

On grandit, on observe les uns nous enseigner malgré eux que la confiance à défaut de se gagner, s'apprend à pas feutrés, traînants, et rusés surtout, pour qu'on ne vous suive pas à la trace quand surgit l'idée dérangeante d'aller tâter du sentier non balisé.
Quelques autres encore semblants constamment pétris de trouille, passent leur temps à vous terroriser. Ils se délestent. De ces angoisses contagieuses qui retournent l'estomac. Et pesante, l'anxiété se pointe toujours sans sonner, voûtant les émotions au raz d'une existence bas de plafond qui ne leur fait jamais lever le rêve, de peur de se cogner.

Je regardais les images, et puis j'éclairais toutes ces lignes sous l'édredon rose, à la lumière clandestine de ma lampe de poche. N'empêche, je grandissais peu, mais j'apprenais à la pelle; 
je réalisais et j'étais perplexe.
Je ne comprenais pas la complexification du simple. 
Je ne comprenais pas la simplification du complexe.

Y'a un âge pas très bien défini où par un après midi verni, on découvre que la spiritualité, ça se décèle éventuellement au détour d'une séance d'équeutage de haricots verts, un mercredi d'août dans le jardin. Franchement, quand des haricots crus font grandir plus surement que la énième cuillère de soupe pour ta soeur, on se dit qu'autant choisir le chemin le plus simple vu le temps qu'il reste et on remise son édredon rose. Et on réserve son paquetage pour aller un peu s'émerveiller d'autres, se rouler dans le champs des possibles haricots, attraper de la seconde magique au vol. En tant que groupie déchainée des contemplations sympathiques, je vous recommande chaudement l'arrêt sur image.

Et puis il y avait des adultes différents, à qui je ne savais pas donner de qualificatif, parce qu'ils se mettaient toujours à la taille des autres. Le manque d'étiquette est une belle qualité. Plus tard, je voulais être comme eux. J'entendais, juste à la bonne taille quoi. 

Là tout de suite, la mer nous fait face, à moi et mes arrières goûts d'édredon. Son petit nom importe peu. Plus je contemple la mer, plus la mer m'attire, et plus je comprends qu'elle symbolise mon premier et mon dernier rempart 3D contre l'enfermement. L'incarnation d'un espoir, la promesse d'un ailleurs, ou celle d'un après, l'esquisse d'une consolante, un refuge frais et dispo. Le visage connecté du paisible.

J'habite un pont sur la mer, construit de mes mains durant mes nuits d'hiver.
J'habite un pont sur la mer, qui relie mes gestes à mes rêves.
J'habite un pont sur la mer, qui relie mes gestes à mes rêves.
(*)

(*extrait: Un pont sur la mer, chanson écrite par Arman Melies ) 

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Published by Lilas Kwine - dans Eventuelle prose
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commentaires

Maximus Bob2bob 19/01/2010 11:41


J'aime beaucoup "De ceux qui font éclater les bulles d'enthousiasme du doigt piquant de la condescendance."


Thierry Benquey 19/01/2010 09:49


Un texte qui me fait vibrer par la forme et le fond (de la mer ?)
Combien d'adultes se souviennent de ce qu'était l'enfance ? Oh, ils ont bien encore en mémoire la petitesse du corps de l'enfant alors que la vraie petitesse c'est celle du grand, les murs qu'il
s'est érigé et les frontières qu'il a posé. Le rabot de l'éducation a des effets pervers et surtout une importante perte de matière.
Combien d'adultes choient encore l'enfant qu'ils étaient en leurs coeurs ? Il est facile de les reconnaitre, ce sont ceux qui se baissent pour parler à un gosse, à hauteur d'yeux, à hauteur
d'homme.
Amitié et merci.
Thierry


Milène se déchaîne 18/01/2010 16:09


Chouette texte, oui, chouette texte.


Hime 18/01/2010 13:51


"Je ne voulais pas guérir de cette gravité là. De deux pathologies, la lucidité vaut bien la religion." Joli! Et encore je parle pas de tout le reste...


emmanuelle grangé 18/01/2010 12:35


quand le je propose le large, une ligne s'impose, au-delà de toutes jérémiades du nombril, un horizon en commun. ce que tu écris.