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Lilas Qui ?

  • : Lilas Kwine
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  • : Un blog pour souffler à contretemps qui passe, rire un bon coup et en reprendre un verre, évacuer les larmes pour les éco-recycler, tout ça dans des histoires parce beaucoup de mots pour pas dire grand chose c'est toujours mieux que rien.
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Lilas Quoi?

  • Lilas Kwine
  • Lilas Kwine aime les mots. Alors elle en fait des histoires pour surfers de l'imaginaire, voltigeurs de ciels d'orages, voleurs de siestes, palmiers de campagnes, poissons panés de la dernière pluie, clowns tachycardes. Et puis qui veut après tout
  • Lilas Kwine aime les mots. Alors elle en fait des histoires pour surfers de l'imaginaire, voltigeurs de ciels d'orages, voleurs de siestes, palmiers de campagnes, poissons panés de la dernière pluie, clowns tachycardes. Et puis qui veut après tout

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Lilas Où?

Faites tourner Folks

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Un rire de gourde, ça désaltère et c'est déjà bien.

15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 17:50

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L'heure du thé, c'est d'abord la théière que tu ébouillantes deux ou trois fois; le bruissement du gunpowder entre tes doigts. Le crépitement de l'allumette déposée sous la bouilloire et l'odeur du soufre passées les secondes d'effet retard. Ce sont le sucre et la menthe fraiche égrappée d'un geste net et attentif, qui rejoignent le thé noir déjà légèrement infusé. Puis l'eau frémissante en cascade diaphane.
Et l'attente silencieuse, délicieuse, mains croisées, accroupi sur tes chevilles.
De temps en temps, tu remues les feuilles en surface- pas vraiment un thé à la régulière, et tu refermes le dessus de la théière qui a vécu.

J'ai appris à attendre avec toi, le regard au loin, avec la seule conversation de tes sourires bien assis au coin droit d'une bouche dont le souvenir des contours, physiquement, intimement, me fait frissonner violemment.

Tu verses le thé toujours en trois temps et je pense à ce proverbe que tu m'as récité la première fois.
« Le premier verre est aussi amer que la vie,

Le deuxième est aussi fort que l'amour,

Le troisième est aussi doux que la mort. »

Je pense à tout ça, en te regardant assis au loin; au détour de la dune où tu m'as donné rendez vous, ton short-board planté à l'oblique donne des allures de cadran solaire à l'espace...Il est 17 H en décembre. La chaleur s'estompe tranquillement à la faveur d'un soleil en phase d'amerrissage à l'ouest de tout.
Quelques étincelles humides dévalent les mèches châtains claires qui dépassent d'un cheich fatigué.
La houle démontée abîme l'horizon. Tu contemples et pourtant, paisible. Paisible.

Je t'envie.

Je me demande...Que sais tu?
Que sais tu de l'océan déchaîné qui te fait face?
Que sais tu de la masse bleue qui enserre tes lignes de flottaisons? Que sais tu sinon, l'adrénaline noyée des déferlantes vif argent; toute la part de mystère convenue.
Que sais tu au fond, toi qui invite à l'apaisement?
Comment ce remous turbulent déterre la part de calme réfugié en dedans? Comment es-tu profane, redevenu terrien?
Est-ce cette trace aperçue de tes pas, fugace, dans les schistes millénaires?
Est ce ton ombre chétive ridiculisée par la houle joueuse que d'autres, méfiants, considèrent provocantes?.. Tu te contentes d'embrasser l'infini.

Peu importe. Je me souviens d'hier...

Hier, c'est moi que tu embrassais. Ce sont mes cheveux que tu respirais; froissement des peaux, plaquées l'une contre l'autre et tous nos gémissements, et ta puissance, et les rencontres perpétuelles de nos marées montantes et descendantes à bon port...

Je m'assieds près de toi. Tu me souris.

Tu ne désires plus la vitesse. J'entends, celle qui t'emportait plus vite vers la fin au lieu de t'en éloigner.
Aujourd'hui si la lenteur n'est plus un rythme oppressant par opposition à la rapidité, ça n'a pas toujours été le cas. Avant tu n'aimais pas faire le thé. Ou plutôt tu avais soif, alors, tu faisais chauffer l'eau pour le verser sans autre cérémonie que l'extraction sèche d'un sachet extrait de sa gangue de cellophane. A présent le rituel du thé fait s'allonger les heures de repos comme le calme a remplacé l'empressement. Nul besoin de tourner le dos pour être face à soi, c'est le manque d'horizon qui te rendait aveugle.

Plus tard, tu me diras que l'humanité a besoin de la nature pour exister. L'homme a besoin de plus fort que soi. Il a besoin de l'amer pour soigner ses bleus, besoin de sel pour creuser ses blessures. L'homme a besoin de blessures pour prendre soin de lui à nouveau. Tu es pessimiste par culture, et optimiste par nature.

J'aime savoir que tu ne prémédites pas tes actions.
Je n'ai pas connu tes actions comme une succession de moyens destinés à atteindre un but, oh non, souvenir d'une veille encore palpable...
- Evidemment mon esprit dérive en d'autres endroits où la sueur est une humeur acceptable voir consentante. Comment pourrait-il en être autrement. Passer la nuit avec un homme qui a oublié jusqu'à l'existence même du mot performance me laisse rêveuse, paumes des mains quelque peu moites -

Aujourd'hui tes gestes sont beaux, ancrés souplement dans le sublime présent.
Je pose ma main sur ton épaule.
Demain je m'en irai, en essayant de ne jamais oublier.  

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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 23:12


Je l'observe à la dérobée, de la chambre à coucher.

Elle se brosse furieusement les dents comme pour empêcher les révoltes invisibles de sourdre.

Mais son regard est embué et les clichés y dérivent en rafales au rythme binaire d'un battement de paupières. Le blanc du miroir n'a d'autre teint que sa pâleur exsudée. 48 heures sans sommeil et un hiver qui manque cruellement d'UV. Elle doit sentir mon regard car elle se réfugie dans l'angle de la salle de bain, refusant d'offrir son reflet.

Ainsi, je ne peux plus la voir mais j'entends gémir haut ses questions. Ni elle ni moi n'avons les idées très claires. Amertume du vin qui ère, un de ces soirs où les cadavres de bouteilles hantent encore la table basse. Le carmin a volé férocement d'un verre à l'autre en slalomant entre les volutes de fumée.

En dedans, elle écoute impuissante des pensées fugaces, au détour rasoir des silences qui l'agacent. Elle réfléchit fort en l'absence de ce sens qui l'obsède. Personne, personne en ces instants ne sait si bien la tenir dans ses bras qu'elle même. Pas même moi. Encore moins ce soir.

C'est l'angoisse qui soulève des montagnes de tensions en forme d'ourlet douloureux, là, à la plissure d'un front que beaucoup aimeraient embrasser en guise d'introduction. Je dois dire que pour une fois, j'y suis pour quelque chose. Anna a décrété que la soirée était terminée dès que j'ai posé la question, comme elle déposait doucement le Roi noir de biais sur l'échiquier.

Elle traque sa douleur au coin des gencives irritées. Filet de fluor au coin des lèvres, les larmes débordent au coin de ses yeux et emportent les alluvions de son mascara en rivière sombre à la verticale des traits. Même comme ça elle reste belle. Elle aime tout ce qui dépasse du cadre. Par revanche envers les 3/4 de ses congénères qui passent leur temps à enfermer leurs semblables dans des cases hermétiques.

C'est un de ces coeurs invincibles. Une forteresse imprenable avec vue sur la mer démontée. Souvent, elle admet avec malice que j'ai eu de la chance.

De l'attrait qu'elle suscite, elle n'a même pas conscience. Elle refuse les avances parce qu'elle ne sait pas les voir et, combiné à son charme renversant, c'est bien ça qui lui vaut tant de succès. Elle se détourne des regards qui la surprennent en maudissant le rouge pourtant charmant qui lui monte aux joues. Cette popularité est compréhensible car en dehors des marées hautes de ses pensées noires, c'est une jeune femme plutôt jolie, facile à vivre et dont le sens de l'humour affuté comme un katana offre une compagnie des plus agréables. Elle a le verbe aussi haut que ses talons brillent crânement. Elle les choisit vernis comme la chance. Elle pérore avec entrain, les mains perpétuellement occupées par un verre, une cigarette ou toute forme d'explication complémentaire à ses discours enflammés.
Elle refuse les principes par principe. Nie les lois du genre en bloc, rejette les règles qu'elle qualifie à voix haute de "débilitantes et infantilisantes". Déroule des kilomètres de macadam à réinventer ses propres codes.

Elle sait depuis toujours que rien n'est plus creux que le concept de justice- Egalité fraternité liberté, n'empêchent pas tous ces gens de crever et re-crever sans raison à n'en plus finir, tu comprends...Elle aime les bars et les fréquente beaucoup. Je l'ai rencontré dans l'un des nombreux troquets un peu brinquebalants du quartier Lillois de Wazemmes.

Evidemment ou pas, je suis tombé instantanément amoureux fou d'elle. Toujours est-il que. Premier coup de foudre à 36 balais; one shot right in the middle.
Bang bang. Foudroyé raide sur place le mec et c'est foutrement foutrement vivant que je me sens depuis. J'imagine que j'y trouve mon compte à ses bizarreries séduisantes comme une saison des pluies en plein Mojave.

Si ça a fonctionné, c'est en partie parce que je l'ai écouté avec attention, sans aucune lueur de méfiance ou de moquerie dans les yeux quand elle s'est engagée sur le sentier branque de sa théorie très...Personnelle sur le sens de la vie. Elle aime tester ses rencontres et utilise volontiers cette histoire pour voir ce que ses interlocuteurs si avenants ont dans le ventre. Elle en a découragé plus d'un. S'est faite traiter de folle à plusieurs reprises.

Par exemple, tu trinques, tu discutes de tout et de rien après l'avoir abordé au prix de moites efforts, mais c'est là que tout commence. Sans crier gare, elle t'explique passionnément et avec force détails que tous ces trottoirs arpentés et la nuée de destins rencontrés à la croisée des verres, n'existent que dans sa tête. Oui, car elle est l'invention fantasmée d'étranges Entités que d'autres bouleversés, naïfs ou autocrates dans le pire des cas, prient vainement en les appelant Dieu. Au regard de sa perception d'un certain réel a-priori unique si l'on suit sa théorie, ça lui plaît de penser que peut être l'Histoire telle qu'elle l'a apprise dans les bouquins de classe, ne vaudrait alors que le temps de son histoire à elle. Et finalement c'est rassurant de penser en un sens qu'elle ne teparle pas, enfin, pas vraiment à quelqu'un mais à une image de son cerveau, programmé pour te faire apparaître un lundi soir 17 décembre à 22H30 heure locale de son espace temps, etc... Sauf que je suis rentré instantanément dans ce délire qui ne collait pas avec l'image de la brune au regard vaporeux accoudée au comptoir avec moi. Il faut croire que je suis un des seuls à avoir passé le test haut la main. 

Parfois, elle me demande ce que je vois de mon côté et on se marre à imaginer les fréquences audios de mes réponses se modifier dans les airs pour correspondre à ce qu'en attendent les DMD (Dieux Marionnetistes Dinguos) qui s'occupent de son cas...C'est devenu une private joke, mais c'est aussi sa façon bien à elle de solliciter un avis de ma part. Ce qui est rare.

Elle s'obstine à répéter ne rien comprendre aux relations. Ce à quoi je rétorque en riant qu'une fréquentation de 3 ans x 1 nuit par semaine, ce n'est pas si mal pour les deux incapables dont une a-sociale que nous sommes.
En réalité ces derniers temps, j'aurais envie de répondre: "Oui mais nous?". Mais la pensée d'un "Ce n'est pas une relation" asséné sans concession, me freine dans mes élans. Je n'insiste pas sur le sujet de toute façon, même pour rire. La simple idée de créer du lien l'obsède autant qu'elle lui comprime la trachée au bistouri. Elle en crève, du regard des fantômes qui n'ont pas peuplé son histoire. Elle ne craint rien plus que l'enfermement.

Par contre, elle aime qu'on la touche- physiquement j'entends. Elle s'abandonne aux contacts avec une rare sensualité, ou se déchaîne comme la tempête; les caresses la redessinent vivante le temps d'un frisson. Voilà le seul lien qu'elle reconnaît concéder avec aisance.

Quelque part je devrais m'en réjouir. Une maîtresse qui parle librement de votre femme devant vous, en plaisante et menace de couper court à toute relation si vous évoquez la disgrâce de votre couple (quant à votre envie de divorcer, même pas en rêve)...Avouez que ça n'est pas commun. Juste avant de m'embrasser, devant la porte cochère où je l'ai enlacée, elle m'a demandé si réellement j'étais bien marié...Juste pour être sûre. Sans blague...

Elle se qualifie volontiers de sociopathe quand on lui demande de citer une qualité. Ca l'amuse beaucoup lors des entretiens d'embauche. Comme elle est brillante, elle passe toutes les étapes avec la tranquillité du chat ronronnant près du poêle. Une fois la certitude acquise qu'elle sait encore donner le change de la normalité, elle se retire du jeu au bout de quelques mois- finances minimum obligent.
Elle sabre net tout semblant de construction. Elle n'accepte l'échec qu'à condition de le contrôler. Aux échecs où pourtant elle excelle, elle n'accepte jamais que de défendre. Elle perd à chaque fois mais résiste indéfiniment. Gagner lui importe peu. A quoi bon? Si la vie n'est qu'une suite de résistances acharnées, alors la victoire n'appartient qu'aux orgueilleux et aux tyrans. Chaque partie se prolonge des heures à droite des verres pourtant elle refuse de concéder que sa victoire à elle, c'est de prolonger la survie.


Elle répète qu'elle connaîtra la fin du monde uniquement parce que la mort est à son image: insondable, bouleversante, inconcevable. Haïssable. Elle ne sait toujours pas si elle doit aimer la vie ou la détester. Toujours est-il qu'en l'absence de choix de cette situation, et en attendant quelques réponses plus précises, elle ne veut pas la perdre. Elle apprend même à en profiter avec assiduité et un certain raffinement.
Si l'univers est si flou, dit-elle, c'est qu'on ne nous a donné que la possibilité myope de regarder vaguement au delà de concepts infiniment contrariants de frustration. C'est la seule pensée acceptable au présent, celle qui la maintient collée à la paroi de la normalité ambiante, un chapelet de mousquetons contre le décrochage vers la folie. Elle accepte un jour sur deux cette condition par résignation. Le reste du temps, elle creuserait bien le sujet seule dans la lumière crue de ses écorchures si le quotidien lui en laissait l'occasion.

Je n'ai pas de problème avec tout ça. Pas de problème à partager mes plus beaux fous rires en prenant mon pied avec celle qui je retrouve au 76 rue du Pont plusieurs mardis par mois...Pas de problème à voir grandir son ombre sur mes moments loin d'elle. Pas de problème à envoyer mensonge sur mensonge à ma femme et mes gosses. Pas de problème avec cet autre « nous » qui n'existe pas. Sur ce qu'elle pense de moi, je ne lui pose jamais de question. Sauf ce soir où un relent de mélancolie a agité mes émotions jusqu'à l'ébullition pour s'échapper de la cocotte-minute de mes sentiments. Je suppose que c'est cette discrétion qui a joué en ma faveur. Ça et l'alliance que je tripotais nerveusement autour de mon annulaire bien sur. Ne reste plus ce soir qu'à attendre qu'elle vienne me rejoindre, pour une nuit supplémentaire, une fois la tension retombée. Je n'ai pas de problème non, sauf de peiner à m'avouer à moi même, que j'espère bien plus à présent. 

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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 08:47

                                                     


Je n'en reviens toujours pas.


L'instant d'avant j'inspirais encore l'air vif de décembre. Je pensais à ma liste de courses tout en me disant que le Héron Wood n'était pas là pour une fois. Wood, c'est un des hérons de la Citadelle. Celui qui se perche sur le quatrième rondin de bois planté dans la deûle aux abords de l'écluse. Je peux pas m'empêcher de donner un petit nom à ceux dont je croise régulièrement le chemin. Ma façon à moi de créer du lien. Et puis, il a un côté rock'n roll, à se tenir une patte en l'air, la houppette rebelle sur le sommet du crâne. Ça me plaisait bien. J'aurais pu l'appeler Jagger, mais bon Heron Wood comprenez moi... Un sacré guitariste. Je me demande pourquoi on en fait toujours trois tonnes à propos de Keith Richards...
Bref ...
Voilà que je me retrouve à dériver une rivière sale, le ventre gonflé à l'air comme un gardon empoisonné, les yeux grands ouverts fixant le ciel, le rictus horrible de celle qui a le temps de réaliser que la messe est dite.

Je me demande qui sera le malchanceux qui va me retrouver. Comme j'ai un côté joueur, je parie pour un jogger, bien qu'à cette heure j'aurais plus tendance à envisager une prostituée en route pour le travail.Allez, 5 contre 1 pour la pute.

Quand je pense que j'avais commencé à apprendre à nager il y une semaine dans l'éventualité d'une escapade pour L'ile de Jersey un jour. Pas question de monter dans un bateau susceptible de pouvoir couler sans être capable de revenir à la nage.
C'est pour ça aussi que je ne prenais jamais l'avion. J'avais jamais trouvé aucun cours pour apprendre à voler...

Oh mais ne vous inquiétez pas pour moi, ça va maintenant. C'est pas si terrible après tout. On en fait un flan, mais c'est comme une piqure, sur le coup, pas super agréable ok, mais après on ne sent plus rien. Finalement comme toujours, le pire réside dans l'anticipation de la douleur.

J'ai pas vraiment de regret- juste de la curiosité. Le seul faux pas que j'aurais bien pu faire dans cette histoire, aura été cette foutue plaque de givre que je n'ai pas su entrevoir à la lueur embrûmée d'une lune blafarde.
Je plaide coupable: j'avais un peu la tête ailleurs.
Après ça, je n'ai vraiment pas eu de chance. Je suis tombée la tête la première vers le sol. L'ironie du sort, c'est que si j'avais eu du Barolo chez moi comme à mon habitude, rien de toute cette bête histoire ne serait arrivé.
J'avais promis de t'en faire goûter après que tu m'aies annoncé la veille d'un ton léger que tu voulais me parler d'une chose importante. Depuis le temps que je te parlais de ce vin.

" Mais on ne peut pas le faire au téléphone?" j'ai dit, intriguée et surtout impatiente... Sentais-je poindre la tragédie?

- Non, j'ai besoin de te voir pour ça."

Et puis tu as brusquement changé de sujet.Une spécialité maison. Je n'ai pas insisté. D'abord parce qu'il était hors de question de refuser toute occasion de pouvoir te rencontrer. Ensuite parce que si tu étais la réincarnation d'une vieille âme, c'était sans nul doute celle d'Eliott Ness. Pas la peine d'oser extorquer un résidu de nano-indice au chantage même par jeu.

D'ailleurs pour te taquiner, je t'appelais L'incorruptible et tu m'envoyais balader avec un sourire. Ma foutue manie...

Après ça, j'aurais pu atterrir lourdement sur le sol gelé, et amortir la chute des deux mains. M'en sortir avec quelques égratignures, au pire, une entorse du poignet. Sauf que j'ai voulu protéger le Barolo. J'ai donc utilisé juste la main droite ce qui a suffit à me faire rouler de côté, directement dans la Deûle.
Là j'avoue, j'ai paniqué. Après 10 ans de yoga, c'est malheureux. J'ai tenté de rejoindre la rive en pataugeant lourdement, mais je crois que le froid, la peur et le manque d'entraînement ne m'ont pas aidée. J'ai accroché les berges hautes et lisses deux-trois fois et j'ai commencé à couler. Je vous passe les détails pour la suite. C'est que j'ai ma petite dignité.

Une chose est sûre, je ne ramènerai pas les courses à la maison ce soir.
Je mourrai sans avoir revue Wood le héron.
Je mourrai sans savoir ce que tu pouvais bien avoir de si urgent à me dire tout à l'heure.

Quand je pense que l'avant-veille, j'étais à deux doigts de t'embrasser.

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 08:53


                                                          



Sérieusement y'a un truc que je ne saisis pas.
je pensais que les filles, il suffisait de les faire rire pour les faire craquer.

C'est forcément une pensée de mec. Je vois que ça.
Ou peut être les filles ne réagissent qu'à l'humour mâle.
Peut être même qu'elles feignent.
J'en connais certaines qui sont très capables de faire ça.
Avec des petits rires comme ça " Hi-hi-hi", empruntés, la tête un peu de côté, en battant des cils si fort que t'as l'impression que la clim s'allume.
Mais bon, elles, elles ne m'intéressent pas. Pas prêtes d'approcher le niveau DEFCON 1 sur l'échelle de mes frissons.

Ou alors je ne connais pas de filles qui ont le sens de l'humour.
Ou pire! Qui ont le sens de l'humour, mais que ça ne fait pas craquer!
Et ça, ça serait une éventualité des plus grave. Surtout pour moi qui fonctionne au jeu de mot comme la game boy aux piles LR6.

En tout cas déjà elle, elle l'a.
La preuve: la dernière fois elle a rit. Plusieurs fois même.
A chaque fois elle rit d'ailleurs. Au moins 3 fois.
Je le sais, ça sonne un peu T.O.C vu comme ça, mais son rire, c'est un peu comme LA chanson du moment que t'adores. T'as beau la connaitre tellement par cœur que des fois tu te demandes si tu l'aurais pas écrite dans une vie antérieure, tu peux pas t'empêcher d'écraser la touche Replay pour qu'elle t'enfonce un pieu en fusion dans les tripes à nouveau.

Elle, elle rit par phases. D'abord silencieusement, si bien qu'un observateur lambda peu au fait, comme moi je le suis, penserait qu'il y a comme un dixième de seconde de décalage en trop avec le truc drôle, et que cette fille là n'a pas la gâchette rapide. En vérité, elle rit déjà. Elle me regarde dans les yeux, profondément. Et puis f-fff, ça se déclenche et le rire part franchement, doux et grave. Il cristallise l'espace ambiant en dolby surround juste réglé à la bonne fréquence comme un ciel bas poudré de sucre glace dans lequel on aurait envie de tracer des mots avec le doigt. Comment voulez vous que je résiste à ça! Il n'est jamais forcé ce rire, il est sincère.
Ca me donne encore plus envie de la faire rire. Comme une sorte de challenge.
C'est pas que je me crois vraiment drôle ou douée d'une finesse d'esprit hors du commun.
C'est juste que je l'ai fait rire, elle.

Bon tout ça ne résoud pas le problème. Alors je ne sais pas.

Y'a une astuce que je ne dois pas maîtriser.
Je sais oui, y'a pas d'âge pour apprendre. Mais j'ai beau observer avec concentration autour de moi pour percer le mystère de la séduction - entendons nous bien je parle de la provocation du désir fulgurant, rien ne m'apparaît plus très clair.
C'est même la chose la plus compliquée du monde!

C'est fou, quand on pense qu'il existe une tripotée de célibataires pour se plaindre ne n'arriver à rien d'autres que collectionner les plans cul dans la vie. Et infoutus de s'embringuer dans le truc le plus facile du monde: la vie de couple. Moi c'est l'inverse que voulez vous. Le monde est-il à ce point si mal foutu comme les finitions des fringues bon marché?

C'est quand même malheureux, j'aurais pu avoir d'autres passions dans la vie, comme faire pousser des géraniums, ou collectionner les tubes de rouge à lèvres...
Moi il a fallu que je me passionne pour le désir, et je suis sans doute la plus nulle de la promo à ce jeu là.

- frustration-

Et puis j'ai pas envie de prendre le temps: elle, c'est tout de suite que j'en ai envie, là devant moi, sur le canap', sur le parquet, sur le sable chaud, sur l'herbe fraîche, dans les vestaires, dans le couloir, derrière la porte dérobée, à la cave, au grenier, debout, assise, allongée, à genoux, habillée, ou pas, comme elle veut, je m'en fous...
Oh quoi, vous savez bien.
En l'occurence, ne serait-ce que la toucher:
figurez vous que c'est pas si simple d'engager le contact physique. Peut être aussi parce que moi j'ai l'impression que ça va se voir gros comme un bucheron canadien que j'ai envie d'un peu plus que d'effleurer au fond...

Faut dire, question options, j'ai pas été gaté par dame nature.
Les autres m'assurent que non, mais hého, je suis pas si con. La preuve: je crois que ce que je vois. Et y'a longtemps que j'évite de tripoter les miroirs de trop près vu que j'aime pas observer ma morpho-vérité en face ou de profil.
En plus y'a pas que dame nature. Y'a mère éducation. Si j'avais un psy, sur qu'il me dirait que j'ai été une enfant surprotégée, constamment dans le contrôle de moi-même, en résultant une estime de soi en tas de poussières pire qu'à Ground Zero quelques heures après l'impact.

Bon ok, soit. Et en attendant, je fais quoi moi ?

La stratégie qui consiste à attendre au petit bonheur n'a pas donné jusqu'à présent un très grand pourcentage de résultat positif en terme de pronostic. C'est dommage parce que ça m'arrangerait bien. Je fais malheureusement partie du bataillon inverse. Moi, c'est quand tu veux, enfin, si y'a flash quand même. C'est sympa et ça rend fier mais c'est comme être Rhésus 0 négatif: tu peux sauver tout le monde, mais t'es jamais là au moment où l'accident se produit. Par contre, toi quand t'as besoin fissa d'une transfusion ou sinon c'est le passage direct de l'autre côté du Styx, y'a que des A B et 0+ qui s'arrêtent comme des cons sur le bas côté pour te regarder agoniser. Putain.

...Merde, elle rigole pas là.. Elle a pas rigolé là...Elle me sourit.
J'ai pas du en sortir une terrible...
Bon allez, on se reconcentre, elle a rit que 2 fois pour l'instant, pas question de louper la suivante...

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14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 12:38



Et je fus là, cri primal aux lèvres entamant l'hymne d'une histoire déjà gravée sur le marbre de mes désillusions. Traçées de ma voix les notes de ce prologue qui déjà ne m'appartenait plus. J'étais seule alors. A peine tombée des premières eaux, j'étais seule, dans les bras de celle qui m'avait portée.

Un peu plus tard, encaissées les gifles sèches des passions étouffées au son gluant de principes délétères, j'ai observé. J'ai entendu toute la surdité du monde, comme prétexte à la peur, comme arme de diversion. Diversion mal dissimulée dans les cuites d'oubli du vendredi soir et le spleen sanglants des dimanches sales hachés menus au désespoir. La vie dans le coin, c'était pas un cadeau non.

Et la rage s'est insufflée très vite, comme on fait l'effort de gonfler ces ballons de baudruches en poussant fort l'air en dehors sauf qu'il vous reste coincé dans les joues. Bam, d'un coup la mélancolie a soufflé tous ses vents au travers de moi, gémissant continuel des silences douloureux en mode mineur.

Ils m'ont dit de stopper, ne pas m'en faire, que la crise passerait mais moi, moi je ne pouvais pas m'empêcher de souffrir. Je transbahutais la misère des autres toute serrée à côté de l'absurdité du monde dans le sac extensible de ma sensibilité rebelle et contenue.

J'avais parfois quelques périodes de rémission.

Mais une fois compressées mes colères sombres, mes rancoeurs sévères avec l'humour et la légereté comme armes de dérision massives, une fois esquissées les limites d'un non-être consternant qu'à nouveau l'impuissance dévalait constrite, la piste noire de mes errements. J'en ai eu des hauts le coeur de ces trop plein de déchirures. J'arrivais pas encore à expulser.

Alors j'ai continué à observer. J'ai appris. J'ai visité les contrées de mon inconscient en guise d'adolescence sabbatique. Je l'ai vu dévasté, semblable au champ de bataille d'un destin trébuchant. Je regardais les autres et je me disais que j'avais quelque chose à faire avant le néant. Que je ne pouvais pas m'abandonner là d'un coup et ne rien faire de tous ces saignements.

Ils m'ont supplié de stopper, de les prendre ces cachets - «ça ira mieux tu vois quand tu oublieras tout ça». Que les autres fassent preuve d'un déni de bonne foi à votre encontre est sans doute la preuve suffisante qu'il reste des choses à entrevoir à travers ce mensonge ambiant qu'est l'humanité.

Moi, je ne pouvais pas espérer mieux que me pendre à l'espoir de ces maux. J'ai senti petit à petit le démon du jeu s'emparer de mes sens, grillant au doute la priorité. A défaut de partages, j'avais des envies de possession comme cache misère d'un trop plein de pulsions contenues. J'ai appris que connaître les mécanismes de soi était le passe-partout de la manipulation des autres. Si seulement j'avais eu confiance en moi. Je serais devenue le maître du monde. Ce n'est pas franchement que j'ai des scrupules. Je ne vois pas la nécessité de faire souffrir à bon ou mauvais escient toute espèce de souffle de vie qui traverse ma route. Mais j'ai l'idée d'une forme de noblesse dans les actes. C'est qu'au fond je l'aime la vie.

Dans les guerres de cent ans auxquelles se livrent mes contradictions, l'idée d'une certaine norme prend rapidement la poudre d'escampette avant de se voir crâmer vivante au bûcher de mes incertitudes.
Remplaçant l'univers que je ne savais encore entrevoir dans les abysses de moi, le blizzard d'une séductrice démence soufflait dure creusant les gerçures de mes introspections troublées. Je passais mon temps à perpétrer mes pleurs et je me baignais discrètement, presque délicatement dans les eaux de ce Gange, et je m'esclaffais, mes rires aux éclats en bandoulière comme drapeau blanc de tentatives d'intimité outrancière.

Un moment, j'ai tenté d'être deux, alors apprivoisant à reculons étranges, un sentiment nouveau qui trahissait mes entrailles. Mes repères aimantés ont coupé le fil rouge de mes alarmes de convictions en bonnes résolutions brisées. Mais la glue d'un fatalisme certain finit toujours par en rassembler les morceaux et je les ai replacés posément sur la vitrine de mes instincts.

La tristesse profonde dessinait les contours de ce moment de répit les jours de pluie les bras ballants.

Je peux pas me limiter au shoot d'adrénaline ultime. Je ne peux pas.
L'amitié m'a appris que l'on pouvait compter sur quelqu'un d'autre que soi à la condition ultime de ne rien en attendre. T'en connais beaucoup des gens comme ça? Y'a des étoiles ailleurs que dans le ciel. C'est aussi jouissif qu'une goutte d'eau après le désert.

Toi tu croyais me connaître, et moi, moi, je voulais y croire si fort à cette union invincible. On est parfois naîf dans un désir d'apaisement...Je t'assure, c'était à la mort à la vie, je n'ai pas menti, mais juste à l'aune d'un moment.
Pardonne-moi cet aveu, car mes pensées étaient sincères, simplement je me suis souvenue que les satellites ne s'arrêtent jamais de tourner autour des coeurs qu'ils font s'arrêter bien malgré eux. Faut être deux pour jouer à ce jeu là.

Je n'en finis pas de me consumer dans des désirs immédiats. J'adore ça, c'est ma collection privée, on a tous une collection débile. Moi je collectionne les pulsions amoureuses. Je me fais happer comme la grêle chute à 200 kilomètres heures sur un pare brise. Comprends moi bien, ça n'est pas vraiment "amoureuse" qu'il faut lire. Ca fait tellement midinette. Et midinette n'est pas, il faut le savoir, franchement le terme qui s'applique le mieux à ma personne. S'agit pas que de cul, j'ai pas franchement le physique d'un serial lover.
Non, n'empêche, je me brise en gorge nouée par le désir fulgurant. J'ai des raz de marée d'émotions qui me décapent les sens. Rien que d'y penser ça me flanque la tremblote dans le bas ventre et le souffle court. Un regard suspendu, l'élégance d'une main posée désinvolte, la noirceur profonde d'un geste d'humeur, et les musiques voyageuses, et l'onde qui me transporte droit debout sur la chevelure iodée... Je m'embrase, torche vivante, les deux mains branchées sur une bobine de cuivre dénudée de sa gaine protectrice. C'est le même genre de feu intempestif qu'un pyromane imprudent vient allumer sur les braises de mes tripes en fusion.

Et après. Quel jury condamnerait une certaine aptitude au bonheur?

J'ai plus à apprendre de la vie qu'elle ne m'en laisse le temps.

Et quand je songe à la fin qui vient toujours un peu plus proche de moi, je me retourne, j'observe les chemins entamés, tous ces sentiers de terre que je n'ai pas encore battus, et ces mains empruntées à quelques décennies de vent. Je veux le moment venu brandir mes derniers souffles d'avoir appartenu au grand tout de l'univers. J'aurais changé encore beaucoup d'ici là, j'aurais peut-être même frôlé la Sagesse de ma folie salvatrice sans le savoir. Et je songerai alors:

«C'est un jeu injuste, c'était juste un jeu !»

Et quand nous serons à nouveau livrés, chacun de notre côté au vent d'une liberté à laquelle nous n'aspirions plus, alors je penserai en souriant

«c'est un jeu injuste, c'était juste un jeu.»

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Published by Lilas Kwine - dans Limite nouvelle
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