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Lilas Qui ?

  • : Lilas Kwine
  • Lilas Kwine
  • : Un blog pour souffler à contretemps qui passe, rire un bon coup et en reprendre un verre, évacuer les larmes pour les éco-recycler, tout ça dans des histoires parce beaucoup de mots pour pas dire grand chose c'est toujours mieux que rien.
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Lilas Quoi?

  • Lilas Kwine
  • Lilas Kwine aime les mots. Alors elle en fait des histoires pour surfers de l'imaginaire, voltigeurs de ciels d'orages, voleurs de siestes, palmiers de campagnes, poissons panés de la dernière pluie, clowns tachycardes. Et puis qui veut après tout
  • Lilas Kwine aime les mots. Alors elle en fait des histoires pour surfers de l'imaginaire, voltigeurs de ciels d'orages, voleurs de siestes, palmiers de campagnes, poissons panés de la dernière pluie, clowns tachycardes. Et puis qui veut après tout

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Lilas Où?

Faites tourner Folks

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Un rire de gourde, ça désaltère et c'est déjà bien.

17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 10:23

 

 

 

P1060426.JPG




 

tu étais le brigand détourné à l'univers du vaste,

flanqué de chausse-trapes, de remparts, de chêneaux

avec cette tendance à jeter les modes d'emploi

à faire semblant de ne pas les comprendre

tu étais l'escarpe à la poursuite du vent

le temps n'a de prise que sur celui qui le compte

les jours sensibles, tu avançais incognito

d'autres tu te cognais aux flancs des possibles

toujours avec élégance, tes mains fines sur les hanches

car tu étais le roi d'un monde au sommet d'une jeune terre 

un espace débutant que toi seul habitait

bien sur certains jours, tu n'en menais pas large

lacrymales à vif, tu en saignais, quelques hématies crues

tu tombais sauvage dans le fracas des genoux

tu te noyais dans une douleur close, à peine visible

translucide comme le plat de l'océan,

l'eau bleue diaphane d'un archipel au loin

alors tu attendais, tête baissée, épaules à terre

tu attendais, tu écoutais, paumes serrées aux tempes

nulle trace de résignation, tu veillais sans répit,

les bruits de ta terre, les chants immobiles

les hasards d'un ciel tombé tellement bas

tu ne voulais ignorer aucune traverse

tu ramassais tes larmes sèches, tu en goûtais le sel

et tu les redessinais belles sur la toile de tes nuits

tu étais le brigand fou, indigent et heureux

le voleur d'étoiles qui dansait à l'épuisement

tu fouettais l'air visqueux d'un revers de tango

à ne savoir t'incliner à rien d'autre que la vie

comme un fil ténu, une poussière irritante

tu étais le puissant d'un royaume masqué

sans sujets, profondément libre et vivant

 


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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 23:18

 




image-blog-NYC.jpg




La semaine dernière devant une statut d'albâtre

soudain mon coeur usé s'est arrêté de battre

de rage j'ai balancé les deux pieds dedans

l'espoir fêlé de le faire repartir comme avant

une ultime fois il a cogné dans ma poitrine

qui déjà sentait le vieux chêne et l'aubépine

l'écho a résonné loin jusque Vladivostok

sans même un aveu pour en deviner l'estoc

la semaine dernière, un coeur s'est perdu

quelques égarés l'ont retrouvé suspendu

las au crochet rouillé d'une lumière pâle

aux dires de témoins passablement éméchés

il s'était pris pour un corsaire à l'abordage

des éclats bleus vibrants dans la nuit boréale

mais d'assaut n'avait empoigné qu'un réverbère

mon coeur en morceaux s'est arrêté de frapper

au sommet d'une brise à l'aube d'un été

là haut on les a vus porter un toast à l'amitié

verre de ciguë en main, d'un air bien entendu

tu le crois ? Oh je mens, sans doute, 

sans doute je mens...

mais il eût mieux valu de ce pauvre coeur

faire naître une légende plutôt que de l'envoyer

au sommet d'un réverbère

se pendre




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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 13:42

 

 

blackout.png

 

 

- Acte 1 -


un moment tu te dis

qu'il vaudrait sans doute mieux

clore pour l'été

mais ferme la,

fermer là et le noir serait

à ciel ouvert au grand complet


parfois, le lendemain te laisse tomber

sans ménagement

comme la verdure de mai se jette brusque au sol

... en finir une bonne fois à la mi-septembre, bon dieu...

et le présent spasmodique te balance à la gueule

l'allure cernée de houille en train de hoqueter

par dessus la cuvette

les réponses adverses

aux questions absentes


mes amis, vous auriez beau faire...

le chagrin corrompu squatte

en travers d'une gorge

tandis que l'asthénie se gave

en solo dans son coin


un moment tu te dis

qu'effacer sciemment les aveux 

vaut sans doute le détour

une belle paire de claque 

dans l'impasse saignante

attends son heure 

en se frottant les mains

mais toute face carbone

voilée

efface ça, ose seulement,

et le noir de se vautrer

à ciel ouvert au grand complet


alors laisse croire,

à la conclusion suivante :

t'es mal barr'

vraiment mal barr'

déroute barrée

pauvre tache...

rien à ajouter


- Rideau -

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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 20:35

 

roulette russe



Etape 1: désensibiliser.
désengager les sens
se remplir de l'air rance
un bon coup et souffler
picflow, à tort
au travers
envoyer balader
les mains baladeuses
retour à l'envoyeur
trop présent

Etape 2: s'éteindre.
en reprendre un bon coup,
le coma chuchotant
délicat colmate
anesthésier les nécroses
anesthésier les errances
anesthésier le tonnerre
bile noire tachycarde
à tous les temps
sauf au sommeil friandise
tu le sens fondre, et se tordre
pauvre saccharose
au grand déballage 
du tourment impossible
au motel de l'oubli
trop récent

Etape 3: mourir.
se préparer consciencieusement
à désintégrer
pan après pan
nerfs victorieux
le tout bien emballé
comme t'as appris à faire
direction crématoire
les stigmates, les poignards
les injures, le foutoir
se résigner à patienter
maudire à s'enrayer
et attendre
qu'ils disparaissent
non par paresse, évidemment
par lâcheté
évidemment...
envoyer balader
retour à l'envoyeur
trop présent

Etape 4 : se révolter
envoyer se faire foutre
les humeurs malhabiles
se dessaisir sauvage
des ambiances catastrophes
apposer l'apostrophe
prélude cool au poing final
assurer ses arrières
reprendre les devants
par la fuite par la guerre
parfois seul importe le résultat...
réanimer l'instinct
- le vieux fellow 
se bouffait les doigts
se rongeait les sangs
à se sentir nié,
l'écouter juste un peu
allez quoi, se forcer ne fait pas de mal, paraît'
d'accord, peut-être un peu au départ
arrivée à bon port
c'est la douleur-détale
et le baume se répand

Etape 5: replonger.
putain.
Va mourir putain
va mourir putain
va mourir!
Putain... j'avais bien enclenché pourtant, 
main sur le chien, 
crocs en dedans, 
mais
compter sur une seule balle, t'as déjà vu ça toi? 
Evidemment, tu peux rester.
Evidemment.

 

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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 08:17

 

solitude 2




qu'est-ce qui se passe 
qu'est-ce qu'on devient 
qu'est-ce qu'on oublie
quand on devient
quand on grandit
qu'est-ce qu'on choisit
d'abandonner 
long derrière soi
qu'est-ce qu'on refuse
de libérer
on serre si fort
entre nos doigts
que l'on avance plus
qu'on ne dénonce pas 
qu'est-ce qui nous attache
qu'un jour neuf on s'accorde 
enfin las à reléguer
sans chercher à
effacer les taches
qu'est ce qu'on fâche 
à jamais
de l'enfant 
qu'on était
qu'est ce qu'on fâche 
à jamais
de l'enfant 
qu'on était
- et maintenant -
je pleure, tu sais
je pleure 
à verse
calleuses mains nouées
mode silencieux 
autour de certains choix
ici dissipés 
à un siècle de là
et, après tout,
qu'est-ce tu connais,
tu croyais savoir de moi
qui te parle de quelques mots
que tu ne reçois pas



 

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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 13:01





Souviens toi.
Elle est où la bouffée d'espoir, l'air frais et vivant, 
celui que t'inspirais quand t'avais fini tes devoirs,
celui qui t'emmenait en ces lieux où les parents
t'interdisaient de poser le regard.

Souviens toi...
Elle est où la liberté de devenir
ce que tu rêves d'être en secret,
que la seule barrière de tes tripes arrête
quand t'as passé l'âge du choc' et des bonbecs.

Arrête! Tu le sais bien, tu le sais non ?
Que c'est la trouille qui t'enchaine au fond 
de cette vie là qui n'inspire que le mépris,
c'est drôle, ou la tristesse profonde
à tous les gens comme toi. Pourtant...

Souviens toi!
Elles sont où tes belles paroles?
Cette force qui nous faisait danser,
et incendiait nos pupilles avec des feux de joie,
cette force qu'on sentait vibrer si puissante
quand tu racontais ta déraison, ta foi, tes rages, 
et tous tes grands horizons, 
la lame de fond qui nous submergeait 
ou se faisait caressante à flanquer des frissons 
aux plus retranchés d'entre nous, 
elle est où ? Nous dis pas que tu sais pas, 
que tu sais plus...

Dégaine pas tes excuses à deux balles, 
tu vaux mieux que ça au fond, 
mieux que cette vie sans fond, sans âme.
T'arrêtes pas de le dire d'ailleurs, combien de fois tu nous l'as répété
que l'envie c'est ton truc, que toi, toi...T'es pas du genre à t'écraser!

Mais l'horloge continue à faire le tour et tu continues
de t'enfoncer dans cette vase molle et sourde,
ces traces de pas que tu crois n'être qu'à ta pointure 
parce que bien sur, c'est plus tranquille la vie, 
plus tranquille si tu vois pas plus loin 
que le bout de tes chaussures

On le sait au fond, nous aussi on sait tout ça,
comme toi on veut pas souffrir trop;
c'etait dur et il a bien fallu admettre, 
que c'est pas qu'un mauvais moment à passer, 
que la douleur c'est tous les jours qu'il faut se la coltiner...

Elle est où la mort qui t'angoisse tant, te file la crampe au bide, 
et resserre lentement ses doigts pâles sur ta gorge
quand tu te retrouves seul noyé 
dans l'obscurité de ta mélancolie? 
T'as nourri tant de regrets à la pelle, 
t'en as oublié qu'avec tu pouvais élever aussi 
des chateaux de sable ou des océans, des royaumes
ou un univers fantastique plein d'elfes et de géants..

Mais toi dans le boxon de ta non-vie, 
qu'est construit 
plus carré qu'un rubicube trop parfait, demande toi 
ce qui te pousse à résoudre cette fausse énigme, 
ce qui t'obstines à ranger quelques couleurs 
qu'étaient bien plus belles mélées ensemble 
sur le tableau de tes faiblesses;
à quoi ça rime tout ça, à quoi...

Alors...

Arrête s'teu plaît, arrête de coller à l'image 
que te renvoie le miroir terne de ceux
qui n'ont pas de Foi ou meurent d'effroi,
balance ton poing au travers, 
fais confiance à ton radar, 
celui qui te souffle, qui t'insuffle, qui t'inspire 
mais que t'étouffes, tu tues, et qui 
te déchire un peu plus chaque pas

Regarde, regarde, 
à force de refuser d'être toi, t'y vois même plus rien, 
tu vois même pas que t'existes plus, 
t'es même plus rien, t'es même plus là...
Souviens toi,
tu criais:
"y'a pas une solution au bonheur""
tu disais:
"y'a que l'acceptation de ton existence 
ou à jamais celle de tes résistances."




 

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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 10:39

                           
                          


C'était la nuit en dehors.
La nuit animale.
C'était l'obscurité sauvage.
C'était le vertige émétique d'une chute sans fin.
Une chute sans main de secours, tendue à l'impact d'un destin.
Je sens les doigts qui glissent au bout des miens.
Je les serrais fort.
Je lisais en braille la terreur sur ces empreintes digitales.
J'avais peur de lâcher.
J'avais peur de tenir.
C'était l'humanité en vain, le sombre désobligeant.
C'était la vérité en face.
A chacun sa paire de gifles cinglante et trébuchante.
C'étaient les convois à la décharge béante des sourdes consciences.
C'était la fin de l'illusion exhumée du caveau de l'innocence.
C'étaient les âmes gémissantes stagnant sous le ciel d'asphalte.
C'étaient les forts, c'étaient les faibles.
C'étaient eux, c'étaient nous.
Etait-ce moi, je me réveille en nage.
Toutes les nuits quand gronde l'orage, je me réveille en nage.
Noyée de l'horrible question.

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13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 09:00
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Aujourd'hui c'est dimanche, j'ai des bleus plein la tête, aussi je m'en vais vous conter
une chronique de pavés ou comment la vie ne vous apprend qu'à en découdre
quand elle devrait simplement vous apprendre à coudre.

Cette histoire, c'est du grand déjà-vu, un peu comme une mauvaise rediff du P.A.F,
l'histoire d'un petit con damné, à la pauvre mère morte qui avait par hasard
jeté les mauvais dés, frappé aux mauvaises portes.

Jules, appelons le cadet urbain comme ça, Jules avait des grands yeux de bonobo malin
et aussi les dents du bonheur, qui apparaissaient parfois
quand ça lui prenait de vous décocher un sourire.

Enfin, je dis sourire parce que même rire, il le faisait pas d'emblée, pas joyeusement,
c'était tout sauf naturel pour lui; vous voyez, Jules, il avait appris
que le rire jaune, l'humour cynique des prudents.

Jules, il avait souvent les mains dans les poches mais pas vraiment les siennes,
plutôt celles des passants, croyant qu'elles étaient remplies
de toute cette chaleur et ces attentions qu'il n'avait pas volé.

C'est du moins ce que me rapportait mon frangin qui du haut de son mètre quatre vingt,
avec Jules passait un max de temps à zoner dans le quartier,
la
'street' quoi, son mot favori du cours d'anglais.

Il pensait fermement que l'amour était une denrée rare et chère comme ce pain
qu'il galérait sévère à se dégôter chaque matin, pour caler ses appétits
de jeune loup affamé, car à cet âge on a les crocs...

Il portait le tee shirt large qui lui dépassait du futal, et tombait comme un voile
sur ses épaules rentrées quand il jetait ses genoux au sol, des crayolas serrés
dans ses petits poings rageurs, pour s'apaiser enfin;

Il étalait ses rêves sur le macadam fin, enchevêtrés comme des fils d'Ariane
reliant ses états d'âmes à toutes ses écorchures; à terre il se faisait tout petit
mais on sentait flotter une présence belle et hantée.

Jules, c'etait le petit voisin, le petit dernier échoué là en bas de paliers de cette famille
de travers, cette bande de crétins patentés, qui des liens de parenté
ne connaissait que les poings durs et noués.

Souvent on entendait gueuler dans le couloir froid au travers du buvard crade
qui leur servait de porte d'entrée; les gens du second passaient tous de biais,
en jetant à ras de terre des regards lâches d'égarés.

Mais toujours ils passaient leur chemin, sans un mot, sans l'ouvrir, car on a chacun
ses petits problèmes à régler, hein, la vie vous savez c'est pas toujours si
simple quand on habite à six dans vingt mètres carrés.

Le petit Jules et moi on s'entendait bien alors quelquefois j'allais sonner pour quelques
grammes de sucre en rabe quand à côté ça bastonnait sévère, vous savez,
histoire d'adoucir mes gateaux et la vie du minôt dans ce boxon.

Un jour je croise Jules dans le couloir, les cheveux en pétard, l'air un peu flippé
et le regard hagard; il me tend les mains, je les sens trembler, je lui dis, viens chez moi,
on va discuter cinq minutes autour d'un verre de bière bien frais. Oui Quoi?...

Ne jouez pas les petits bourgeois outrés avec moi, le chocolat, y'a belle lurette que Jules,
il en boit plus; le petit Jules se prend pour un homme, vrai de vrai depuis qu'il se laisse
plus tabasser sans rendre la pareille. Ce coup-là ne lui a pas porté chance...

Il me dit que c'est arrivé tard dans l'après midi, il ne sait plus vraiment bien, il sent les larmes
dévaler sur ses joues par coulées opalines, il sent le goût du sel et le sang sec
se mêler aux traces de pastels sur les contours de ses doigts.

Je le prends dans mes bras, je le serre pour la première fois, je l'étreins comme un fils,
comme un frère, comme cet autre si cher, que je ne reverrais peut être pas.
Je le serre si fort pour qu'il ne parte pas seul, qu'il n'ait jamais plus froid.

Je sais que ça lui suffira pour patienter, au petit Jules, pour repousser les murs serrés
autour de lui, avec la compagnie des vieux crayolas que je lui porterais
si on m'en laisse le droit. On s'entendra toujours bien, le petit Jules et moi.


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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 08:01


Ca se passe un mardi soir au froid mordant;
autour de moi la neige fait valser ses tornades blanches au rythme de decembre, ses flocons bleus pâles et glacés comme des cadavres sans maquillage pour nous cacher leur sombre réalité;

Depuis un bon moment déjà je ne sens plus mes doigts, quant à mes pieds il faut vous dire que mes panars sont aussi gelés qu'une cargaison de chez Picard.
C'est le bon moment pour aller se chauffer les orteils, ainsi que l'âme c'est décidé car ce soir je la sens blessée, mal à l'aise, comme bloquée là avec ma peine au fond de la gorge dans un espace de deux cm carré, beaucoup trop confinée pour elle

Aussi je songe à m'arrêter pour bavarder un peu et diluer tous ces états crispants, alléger ces angoisses qui m'empêchent de respirer ce sombre mardi soir où elle a foutu le camp.
Je m'arrête donc chez Bernard, l'ami de toutes mes solitudes, mon amère caractère et mes incertitudes.

Bernard, je fais les présentations, c'est celui des Pompes funèbres, le magasin d'en face, pas loin de la boutique de fleurs de la rue Vaugirard, à deux orteils de mon ancienne école primaire;
j'entre comme un soufffle éteint dans l'air chaud et marbré du spécialiste immobilier de vos dernières demeures: "salut Bernie mon frère" je lui lance, "comment vont les affaires ?"

Bernard il est pas que croque-mort, il est aussi grand philosophe avec d'ailleurs beaucoup d'humour;
Normal, à ne cotoyer que des morts, qui vous écoutent religieusement, et n'opposent à vos reflexions qu'un grand vide consentant ;
c'est pourquoi il répond "moi la crise je connais que celle des clients..."

Je dis à Bernard: "ce soir j'ai des questions existentielles plein la tête, j'ai besoin d'évacuer et d'un instant de vrai repos; si tu prends le temps de m'écouter, je te promets une petite bière".
je vous vois venir, je peux l'admettre, c'est pas glorieux à présent que vous connaissez son métier mais c'est une vieille blague entre nous, une très vieille blague ornée de toiles et de poussières qui a scellée notre amitié dans le cercueil de nos tourments, le jour où je l'ai rencontré.

Bernard était installé au comptoir d'un vieux zinc là bas juste au coin de la rue Vaugirard;
droit comme la mort, quelques lueurs mouillées dans le regard trahissaient cependant une lassitude de celle qui ne cherche plus de sollicitudes;
Je m'avançais pour sa commande, ah mais je vous ai pas dit, barman c'est ma profession, garçon ou serveur, c'est selon et puis parfois je fais psy de comptoir pour ceux qui n'ont que leurs douleurs comme seul moyen de paiement.

"Qu'est ce que ce sera" je demande au grand échalas perché sur le bar, "une bière" il dit, "une bière".
Je réponds tout de go, "c'est un peu tôt vous ne trouvez pas, pour s'enfermer entre quatre planches, vous préférez pas un petit canon, c'est ma tournée, je connais rien de mieux pour pas se laisser abattre".

Lentement, Bernard a levé vers moi ses yeux humides mais un plissement aux coin des yeux a trahi la fin de ses états malheureux; il a ri aux éclats comme pour la première fois depuis des années;

Bernard et moi on a scellé notre amitié dans le cerceuil de nos tourments, le jour où je l'ai rencontré.


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